Ne dites jamais à un testeur….

Paul et Matt s’étaient perdus de vue depuis quelques années. Et voilà qu’ils se croisent par hasard et discutent du bon vieux temps. Mais la discussion entre eux va très vite tourner court.

Matt : Alors qu’est-ce que tu deviens ?

Paul : Je suis testeur de jeux vidéos !

Matt : Ah c’est super chouette, tu joues toute la journée du coup ! J’adorerais aussi. C’est cool d’avoir une passion. Et sinon tu fais quoi comme métier ?


Quelques heures plus tard, Matt me raconte l’entrevue…

Matt : Paul est parti brusquement sans rien dire. Tu y comprends quelque chose toi ? Je n’ai pourtant rien dit de spécial !

Aïe Matt ! Il ne faut jamais dire à un testeur qu’il “joue toute la journée” ni que ce n’est pas un métier ! Double erreur !

Testeur, c’est un métier !

Le métier de Paul c’est “testeur de jeux vidéo”, eh oui ! C’est un vrai métier, avec une fiche de paie, des horaires de travail, la pause café avec les collègues… Un job normal quoi ! Comme comptable, secrétaire ou éboueur. Bon d’accord, le testeur porte sûrement un tee-shirt avec un logo marrant pour aller travailler. Mais il ne joue pas… enfin pas au sens où vous l’entendez.

Bon je m’explique !

Tout d’abord, il ne choisit pas le jeu : le testeur teste le jeu actuellement en cours de développement quel qu’il soit. Cela peut-être un jeu pour apprendre à compter, ou d’objets cachés, ou de foot, ou de guerre…

Que fait-il ?

Quand une nouvelle fonctionnalité est en train d’être ajoutée au jeu, le testeur lit dans le détail le cahier des charges du Game Designer. Puis il va voir le Programmeur en charge de la rédaction du morceau de code pour savoir exactement comment elle va être transcrite en code. Puis il retourne à son bureau et établit des protocoles de tests : il décrit des listes d’actions à faire pour tester sous tous les angles la fonctionnalité ainsi que les portions du jeu qui pourraient être impactées par cet ajout.

Quand la fonctionnalité est terminée, le testeur passe à la seconde phase de son métier, il se met alors “à jouer”. En vrai, il va passer plusieurs jours à torturer sans relâche ce tout petit morceau du jeu en suivant son protocole et en essayant de trouver la/les faille(s) qui va/vont faire “bugger” le jeu. Un vrai travail de fourmi ! Et quand il trouve un bug, son travail ne s’arrête pas là ! Il doit décrire très précisément comment refaire ce même bug sur demande.
Et vous allez rire… mais il faut parfois chercher plusieurs heures comment refaire ce bug à tous les coups !

Qui crée les bugs ?

Bien sûr, les bugs ne sont pas une exclusivité des programmeurs. Quand le level designer corrige ou ajoute un niveau, il peut créer des bugs. De même quand un graphiste met à jour un visuel ou ajoute une image/animation, il faut de la même manière vérifier que rien ne bugge non plus. Et quand on ajoute les sons, les musiques, les textes…, il faut la aussi tout re-testé. Pour le moindre élément qui est ajouté ou modifié dans le jeu, quelque soit l’auteur ou l’importance de l’intervention, il faut tester en long, en large et en travers.

Chaque membre de l’équipe craint le moment où le testeur va se lever de sa chaise pour venir le voir et dire : “Y a un bug, regarde : si je fais…”. Une fois le bug corrigé, le testeur devra recommencer tous ses tests depuis le début afin de vérifier que la correction fonctionne et qu’il n’y ait plus aucune erreur.

Chasseur de prime sans booster

Le testeur est un chasseur de prime dans le monde du bug. Son travail est comme un énorme jeu d’objets cachés (sans liste de mots à trouver, sans booster… sans rien) : il doit trouver un bug alors qu’il ne sait pas si ce bug existe, ni à quoi il ressemble, qu’il ne sait pas où il se trouve, ni comment faire pour le faire sortir de sa cachette.

C’est aussi un diplomate qui va devoir annoncer la mauvaise nouvelle à son collègue et concepteur involontaire (oui involontaire ! parce qu’on ne met jamais des bugs pour le plaisir dans un jeu !).

Il ne joue pas à un jeu par plaisir, mais pour VOTRE plaisir.

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